Les vœux de l’Amassada

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Le passage à une nouvelle année est toujours propice à tirer des bilans. Dans le cas de l’Amassada, ce sentiment se trouve redoublé par la date anniversaire de la cabane que nous commençâmes de construire un beau 21 décembre et que nous inaugurâmes le 24 janvier 2015. Cette lettre de nouvelle année nous offre donc l’occasion d’une petite rétrospective d’un an de présence et de lutte sur la Plaine.

En premier lieu, ce qui concerne les satisfactions et les résultats : RTE pensait commencer au début de l’année 2015 son enquête d’utilité publique et cette menace avait, il y a un an, précipité la construction de la cabane. Or 12 mois plus tard, force est de constater que le projet est resté au point mort, RTE annonce désormais l’enquête pour le milieu de l’année qui vient. Quant à nous, nous restons évidemment vigilants et prêts à lancer une grande mobilisation dès que la date de cette farce démocratique sera connue.

En l’absence d’avancées concrètes du projet de méga-transformateur, nous avons donc mené tout au long de l’année de nombreuses actions d’information pour dévoiler cette zone industrielle de l’électricité qui menace de s’implanter en Aveyron, dans l’est du Tarn, et le nord de l’Hérault. Nous portons cette voix discordante qui tranche dans la propagande mercantile des lobbys de l’éolien industriel. Ceux-ci, toujours aussi arrogants et dopés cette année par l’organisation à Paris de la COP 21, doivent pourtant faire face à une opposition de plus en plus lucide et organisée des habitants de notre région qui se refusent à se résigner aux nuisances renouvelables.

Du rassemblement devant la communauté de communes de Saint-Rome-du-Tarn (lors du vote du schéma SCOT concernant l’éolien) au blocage des convois transportant des pièces d’aérogénérateurs dans l’Escandorgue, il nous semble important d’agir partout où cette zone industrielle de l’électricité prend pied. Autour de Saint-Affrique de nombreuses centrales éoliennes sont en projet : Crassous, Saint-Félix-de-Sorgues, Saint-Beaulize, Lapanouse de Cernon, mais aussi aux Costes-Goson et à Saint-Rome-de-Tarn. Le massacre de toute une région est dans les cartons. Gageons que Saint-Affrique, où nous fûmes 400 à manifester contre le transfo le 21 mars dernier (malgré le fait que le défilé eut été scandaleusement interdit par le maire), ne se laissera pas docilement détruire son environnement. Nous avons ici le potentiel d’arrêter ces projets.

L’Amassada est intervenue cette année dans de nombreuses réunions publiques, à Saint-Victor mais aussi dans le nord du département comme à Saint-Saturnin-de-Lenne, ou, lors de la paume du vent (une série d’intervention tous les week-ends de l’été pour annoncer la fête du même nom et raconter les enjeux et subtilités de la lutte) à Toulouse, dans les Cévennes, au Val Susa ou à Notre-Dame-des-Landes… Partout nous avons reçu un accueil chaleureux et enthousiaste d’un public dégoûté des arnaques du capitalisme vert et de sa soi-disant transition énergétique. Nous avons pu jauger de cet intérêt via l’audience inespérée de la fête du vent à la fin août. Jamais sans doute les terres de la Plaine n’avaient connu une telle affluence. Parallèlement des articles réguliers dans les médias locaux éventent l’arnaque des aérogénérateurs, et certains médias nationaux commencent à relayer la résistance de Saint-Victor (France 2, Le Monde, France Culture…).

C’est également dans la persistance et la régularité de notre présence, samedi après samedi, que la lutte vit réellement. Quand il fallut construire la cabane bien sûr, puis lors de son inauguration, pour un concert en mai ou une castagnada et un pressage de fruits en octobre… L’amassada devient un espace où se croisent les idées, les musiques, les saveurs, où l’on construit une éolienne, où s’écoutent des poèmes occitans, où l’on chante des chants inédits. Où se dégagent des moments de vie commune, des repas, des bals, qui marquent la richesse dont est peuplé notre territoire, en totale opposition avec le désert industriel que RTE voudrait y faire régner.

Tout au long de l’année, de nombreuses personnes sont venues à Saint-Victor nous témoigner leur soutien. Certaines nous ont raconté leurs expériences, leurs luttes chez eux, eux qui aussi défendent leur territoire contre les appétits voraces de quelques promoteurs. Nous avons eu la visite des habitants de la vallée de la Durance ou du Cotentin aux prises avec des lignes THT, en passant par les No TAV du val Susa et les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ces rencontres avec tous ces irréductibles qui nous content certaines de leurs victoires, ont fait surgir en nous un espoir certain : l’image d’une existence digne et combative, une manière d’habiter son territoire sans courber l’échine.

En ce début d’année, nous avons d’ailleurs une pensée spécifique pour nos amis de Notre-Dame-des-Landes mis au tribunal par AGO-Vinci qui demande l’expulsion immédiate des habitants dits « historiques » (qui étaient propriétaires ou locataires avant la déclaration d’utilité publique), et la mise sous séquestre de leurs biens et cheptels. L’audience aura lieu le 13 janvier et une grande mobilisation est déjà prévue pour le 9 du même mois.

Enfin, pour revenir à Saint-Victor, la grande nouveauté de ce début d’année sera l’acquisition collective des terres de la Plaine. Nous bataillons actuellement avec les rouages administratifs pour concrétiser celle-ci dans les semaines et mois à venir. La signature sera évidemment l’occasion d’une grande fête. Un moment de serment collectif, comme le firent en leur temps les 103 du Larzac, une formalisation et une nouvelle expression de notre engagement à défendre cette terre.

Dans l’attente de vous revoir, nous vous souhaitons une bonne et heureuse année 2016 !

Res nos arrestara pas !

La version imprimable de la lettre de voeux est disponible ici

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