La révolution est une question technique. 1: l’énergie

Bonjour à tou.te.s !

Nous relayons ici les vidéos des différents intervenant.e.s de la journée  « La révolution est une question technique » du 25 janvier au au théâtre de l’Echangeur, à Bagnolet, provenant du site internet lundi matin

https://lundi.am/La-revolution-est-une-question-technique-2730

https://lundi.am/La-revolution-est-une-question-technique-Les-videos-2-3

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Il était 9h30, au théâtre de l’Echangeur, à Bagnolet. La première journée « La révolution est une question technique » sur le thème aride de l’énergie devait commencer dans trente minutes. Les portes du lieu s’ouvraient et, en ce samedi brumeux et glacial de janvier, nul ne pouvait dire exactement ce qu’il en serait de l’affluence, de l’ambiance qu’on y trouverait, de la composition du public comme de son intérêt pour le propos des intervenants ou de la qualité de ses questions, ni de la possibilité, à vrai dire inhumaine, d’assister sans défaillir à douze heures de conférences presque continues.

La probabilité que la grande salle de l’Échangeur, avec sa jauge de 350 places, soit remplie dès 10 h du matin pour la première présentation avait contre elle de nombreux arguments. Finalement, la salle était pleine. Jacques Fradin, le premier intervenant donc, professeur d’anti-économie patenté – « élève de Grothendieck, Louis Althusser et Jean Dieudonné, complice mineur de Gilles Deleuze, ami de Reiner Schürmann -, devait se livrer à une « archéologie de l’énergie ». Sa tâche était de montrer que cette notion si familière ne tombait en rien sous le sens, voire contenait en elle, une bonne partie du désastre dont nous héritons. En grande forme ce jour-là, on peut dire qu’il s’est en outre attaché à « chauffer la salle » pour le reste de la journée et nous introduire dans un état de questionnement omnilatéral qui devait être la marque du reste de la journée ; et l’une des causes de la petite joie qu’il y eut à s’y retrouver. Métaphysiquement, politiquement, historiquement, il posait la barre haut. Le dialogue avec la salle à la suite de son exposé devait prouver que nous le suivions dans sa périlleuse menée, et que le public avait autant de répondant que Jacques eut de mordant. Pour toutes sortes de raisons, les échanges des intervenants avec la salle ne figurent pas dans la vidéo ci-dessous ; ils resteront dans nos souvenirs.

Après Jacques, venaient Jean-Baptiste Vidaloux et Anaël Marrec. Faut-il rappeler que la journée était coorganisée avec l’Amassada, en exil depuis l’expulsion du terrain occupé en sud Aveyron contre la construction d’un gigantesque transformateur de RTE, et que Jean-Baptiste s’est fortement activé dans cette lutte ? C’est donc depuis cette expérience qu’il devait nous présenter ses griefs envers l’énergie, l’ingénierie et les grands réseaux techniques. Anaël, quant à elle, devait nous présenter la riche histoire douteuse, depuis plus de deux siècles, des innombrables projets d’exploitation des « énergies renouvelables » et comment ils ont partout servi une extension du même réseau de capture économique et politique des territoires. On nous dira, à la suite de ces trois premières présentations, que voilà bien de la critique et fort peu de propositions, comme d’habitude. Si déjà, nous cessions à l’avenir de croire que nous « avons besoin d’énergie » quand nous avons besoin d’eau chaude pour nous laver, d’électricité pour faire fonctionner nos machines, de lumière pour lire ou simplement de nous déplacer, que derrière le chaud, le courant, la lumière ou le mouvement il n’y a nulle part une mystérieuse substance nommée « énergie », un certain nombre de questions cruciales pourraient commencer à trouver de nouvelles formulations, et par là des réponses auxquelles on n’avait guère pensé à ce jour.

Jacques Fradin – Archéologie de l’énergie

Anaël Marrec – Généalogie de la transition énergétique, la capture des forces naturelles

Jean-Baptiste Vidalou – Colonisation, témoignage de l’Amassada

 

Se succédèrent dans la grande salle de l’Échangeur deux présentations dont l’équilibre n’aura échappé à personne. Fanny Lopez présenta le résultat de ses recherches – que l’on trouvera dans les excellents Le rêve d’une déconnexion et L’ordre électrique. Là où une opportune myopie ne voit dans le cours historique que l’irrésistible genèse de l’ordre de choses actuel, Fanny Lopez s’attache, un peu comme Anaël Marrec précédemment, à restituer l’ensemble des possibles volontairement mis de côté, négligés ou défaits, qui auraient pu dessiner les contours d’un tout autre monde que celui qui est advenu, et dont nous constatons de toutes parts le désastre. Une archéologie, donc, qui redonne vie aux vaincus de l’histoire technique et politique. En revenant sur toutes les tentatives de s’autonomiser des grands systèmes techniques naissants dans le siècle passé, sur toutes les expérimentations architecturales liées à l’idée de « maison autonome », de « systèmes techniques de petite taille » et à la diversité d’infrastructures et d’architectures que cela supposait, elle permettait de politiser notre regard sur le présent. De discriminer entre le micro-réseau intégré au système existant, et qui permet de maintenir l’unification de celui-ci à coups de smartgrids malgré sa déliquescence chaque année plus criante, et l’appropriation par des habitants d’un quartier pauvre de la question de la production électrique, bien décidés à ne plus dépendre d’une centralité qui les méprise si ouvertement. La discussion devait aboutir à la nécessité consensuelle de « fragmenter le réseau ».

Après une intervention si « positive », il fallait bien qu’un peu de négativité fît son retour. Ce fut donc à Hauke Benner qu’il revint de présenter la lutte contre le nucléaire du mouvement autonome allemand – mouvement dont on parle en France aussi peu que l’on se plaît à disserter sans fin sur l’autonomie italienne. Peut-être parce que cette dernière fut écrasée, quand l’autre ne fut que partiellement défait, et parvint à maintenir jusqu’à récemment une capacité d’attaque sans équivalent en Europe. La police allemande attribue à Hauke Benner la rédaction du livre de référence sur l’autonomie allemande, Autonome in Bewegung, sans être parvenue à prouver sa participation à l’écriture de ce volume encyclopédique ; tout comme elle a échoué, après l’avoir arrêté, à prouver qu’il aurait posé des crochets d’acier sur des caténaires de TGV en protestation contre les transports de déchets nucléaire CASTOR. C’est la fameuse – fameuse du moins en Allemagne – instruction « Goldene Hackenkrallen » (crochets dorés), dans laquelle la police allemande s’est admirablement ridiculisée. Il faut dire qu’il a pour lui d’avoir fait tout le parcours de l’autonomie allemande, des années 1970 jusqu’à récemment, ce qui en fait un suspect crédible pour la rédaction d’un tel ouvrage. Il est assez rare qu’un pont soit fait entre le public français et ce mouvement à la discrétion légendaire pour mériter l’attention des lecteurs de lundimatin. Nous remercions au passage la camarade qui s’est offerte pour faire la traduction simultanée. Sans traduction, pas de révolution.

Fanny Lopez – L’ordre Électrique

Hauke Benner – Les luttes autonomes en Allemagne

Reste à remercier Stéphane Elmadjian et Grégory Robin pour le formidable travail de captation, de montage et de réalisation qu’ils ont abattu, et qui nous permet aujourd’hui de livrer ces vidéos à l’attention de ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement de l’Échangeur le 25 janvier dernier.

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